A partir de 1820, on procède à la
rectification du tracé de la route de Castres à Lodève. Ce chantier
touchera Lunas vers 1830 avec de nombreuses incidences sur le
développement de l’urbanisation du village. Cette route, dans son tracé
ancien, traversait le village en longeant le Gravezon sur sa rive droite,
(face à l’église Saint Pancrace), pour le franchir par le pont
Vieux, s’engageait entre les maisons dans une ruelle entre le
moulin Ciffre et la maison Boulouys pour tourner rapidement à angle droit
au niveau de la rue de l’Hôpital (accès à la Costete) et poursuivre vers
les premières pentes de la côte de Lodève. Le tracé nouveau évite tout
cela en passant loin du ruisseau dans un schéma plus souple amenant la
construction d’un pont plus large pour le franchissement de la rivière. En
1827 les travaux de la nouvelle départementale numéro 8 n’ont pas encore
commencé comme le montre le cadastre. Le « Grand pont » fut terminé vers
1840 puisque l’on sait que c’est cette année-là qu’Antonin Seguier, son
constructeur, en posa la clef de voûte. On peut donc, en regroupant tous
ces éléments, affirmer que ces « grands » travaux s’étalent sur la
période 1830-1845.
Cette route favorise
l’implantation de nouvelles constructions. A cette époque l’économie de la
région est en plein essor. Les activités industrielles s’y développent:
exploitation des mines, verrerie… La démographie explose: de 1100 âmes en 1792, la population passe à 1504 en 1841 (+ 37 % en 50
ans) !
Un nouveau quartier s’établit à l’écart du vieux village, sur le côté nord de la voie
créée. Les maisons restent accolées, adossées au flanc de la colline, avec
vue imprenable sur la rivière, aucun obstacle n’existant entre
elles et le Gravezon.
Un inconvénient subsiste: il est
isolé du cœur du village et notamment de son église qu’on ne peut
rejoindre qu’en empruntant le pont Vieux puis celui du ruisseau de Nize.
Certes la mairie a construit une sorte de passerelle en bois, au niveau de
Villeneuvette, mais elle n’est pas empruntable par les animaux et
inutilisable en période de crue. Pour pallier cet inconvénient Hippolyte Charamaule, propriétaire du château de Lunas, lance une souscription afin
d’édifier un nouveau pont au niveau de l’église: il sera réalisé en 1852.
En 1850, la Compagnie des Chemins de
Fer du Midi et du canal latéral à la Garonne étudie le projet d'une ligne
de chemin de fer, qui, de Béziers permettrait d'acheminer les vins
languedociens jusqu'à Paris et de désenclaver les mines de charbon mises
en exploitation dans les Hauts Cantons de l'Hérault (Graissessac, Le
Bousquet d'Orb). Le " Plan parcellaire des terrains à acquérir dans
la commune de Lunas", établi par leurs soins, nous fournit un état du bâti
vers les années 1865-1870.
L’analyse de ce document, (ainsi que
celle d'un autre plan provenant des archives Charamaule et datant des
années 1855-1860) permettent de connaître les noms des propriétaires de
ces nouvelles maisons.
Voici donc l’état du bâti, à la fin
du second Empire, sur la rive droite du Gravezon:(cliquez)
De l'entrée du village à la rue
des Fourches

De la rue des Fourches au pont
Neuf

Quelques remarques à propos des
renseignements fournis par ces plans:
La mise à jour des noms des propriétaires n’est sûrement
pas complète. C’est ainsi, qu’à titre d’exemple, on y note que le
propriétaire du pigeonnier seigneurial est Ollier Fulcrand. Or cet
ancien propriétaire du château est décédé en 1834.
Les premières constructions, en venant du Bousquet, sont
celles occupées de nos jours par le "Manoir du Gravezon" qui, à
l'époque, était un relais de poste. On y changeait d'attelage ou on s'y
procurait des chevaux supplémentaires pour aborder la dure côte de
Lodève, dès la sortie du village.
Le côté "rivière" de la route n'est pas bâti, à
l'exclusion de la parcelle 477g de Baptiste Cambon.
L'actuelle "rue des écoles" est rectiligne. Initialement
elle s'arrêtait au niveau de la propriété Couderq. Elle a été prolongée
vers 1855 pour rejoindre la départementale n°8 et constituer une liaison
entre les deux voies, l'ancienne et la nouvelle.
Le plan montre bien le trajet du béal alimenté par la
source du Vivier. Ce béal, à l'époque de l'établissement du plan, était
à l'air libre, sauf dans sa partie allant de l'actuelle croix de mission
au pont de l'église construit en 1854. Pour traverser les routes, il
passait déjà en souterrain.
C’est en 1868 que l'on construit une école devenue de
nos jours la mairie. Elle figure sur le document de la
Compagnie des Chemins de Fer permettant ainsi de le dater ( 1869 ou 1870).
(documentation réunie et mise à jour
par J. et L. Osouf - février 2006)