D' André MIALANE ... à  LA DYNAMITE... (suite)

    Comment André Mialane, entrepreneur lunassien, a-t-il pu s'engager dans ce gigantesque chantier du Pas de l'Escalette ?

   ...Tout d'abord faisons connaissance avec l'économiste Michel Chevalier...

 

    Né à Limoges, le 13 janvier 1806, Michel Chevalier est reçu en 1823 à l'Ecole Polytechnique dont il sort major en 1825, et devient élève à l'Ecole des Mines. Son premier poste d'ingénieur des Mines l'amène dans le département du Nord, mais dès le mois de novembre 1830, il y renonce pour s' adonner tout entier à la propagande saint-simonienne et devenir rédacteur en chef du journal le Globe.

   L'école saint-simonienne, dont la destinée fut courte (1825-1832), mérite cependant une place dans l'histoire du XIXème siècle, moins par ses doctrines et ses idées que par les hommes qu'elle avait un moment groupés autour d'elle et qui se sont  distingués dans les domaines des sciences, des finances et de l'industrie.

   En 1831, on lui accorde une mission aux Etats Unis. Il y trouve réalisées une partie de ses aspirations saint-simoniennes : l'autocratie industrielle, l'absence de noblesse héréditaire et de traditions, la femme entourée de respect, une activité de ruche laborieuse, un prodigieux entrain, le travail considéré comme le moteur général et la loi universelle, un développement économique qui menace de déborder sur l'Europe.  En 1836  le Gouvernement de Juillet le nomme Maître des requêtes et, en 1838, Conseiller d'Etat en service extraordinaire.

   En 1841, il succède à Rossi dans sa chaire du Collège de France. Clair, attachant, exactement informé, il élève le ton et le style dans ses discours d'ouverture consacrés aux questions générales, et atteint par moments les sommets de l'éloquence et de l'inspiration.

   Le 27 janvier 1845, il est élu député par le département de l'Aveyron ; mais ses déclarations libre-échangistes lui coûtent, l'année suivante, sa réélection.

   En avril 1845, il épouse Mlle Fournier, fille de l'un des plus grands manufacturiers de l'Hérault, et trouve en elle une compagne distinguée et dévouée, qui lui procure le bonheur domestique et qu'entourent de leur respect tous ceux qui eurent l'honneur d'être admis dans cette maison hospitalière.

   La Révolution de 1848 donne lieu à une grande explosion d'idées socialistes. Louis Blanc est chargé au Luxembourg de présider à « l'organisation du travail ». Michel Chevalier se jette dans la mêlée pour combattre ses erreurs dans une série de lettres au Journal des Débats.  Ses amis de jeunesse sont au pouvoir; mais, tout en s'effrayant des audaces de Louis Blanc, ils tiennent à ménager le socialisme : ils sanctionnent Michel Chevalier en le révoquant et en supprimant sa chaire au Collège de France.

   Sa disgrâce ne tarde pas à lui valoir d'amples compensations. En février 1851, il est élu membre de l'Académie des Sciences morales et politiques; sa chaire et son titre d'ingénieur en chef des Mines lui sont rendus.

   Le 2 décembre 1851, partisan d'un pouvoir fort et  autoritaire, il devient bonapartiste.

   Il est nommé Conseiller d'Etat en service ordinaire, puis en 1860 sénateur; toutefois il reste en dehors de la politique et garde l'indépendance de son vote. En 1870, seul de tout le Sénat, il vote contre la guerre, couronnant ainsi, par cet acte de courage, les prédications et l'apostolat de toute sa vie en faveur de la paix.

   Partisan convaincu du rapprochement des peuples dans les luttes pacifiques de l'industrie, il prend une part active aux Expositions Internationales de 1862 et de 1867.

   Rendu à la vie privée par les événements de 1870, il continue son cours au Collège de France et ne l'abandonne définitivement qu'en 1878, pour le remettre à son gendre, M. Paul Leroy-Beaulieu, qui devait lui donner un nouvel éclat.

   Une dernière fois il se rend en Angleterre, en 1875, à l'occasion des travaux de la "Société du Chemin de fer sous-marin entre la France et l'Angleterre", ( Tunnel sous la Manche), dont il est le président : il y reçoit un accueil triomphal. La Société royale lui décerne sa grande médaille décennale,  remise par le Prince de Galles.

   Il s'éteint le 28 novembre 1879, à l'âge de 73 ans, dans son château de Montplaisir à Lodève (Hérault), laissant dans l'histoire des idées et des faits économiques du XIX ème siècle la trace d'une existence bien remplie.

(d'après le LIVRE DU CENTENAIRE -Ecole Polytechnique-, 1897, Gauthier-Villars et fils, TOME I, pp. 509 et suiv. )

...De Michel Chevalier à André Mialane...
 

   Paul Leroy-Beaulieu (1843 - 1916), gendre de Michel Chevalier, était l'ami d'Alfred Nobel...

...   Et c'est ainsi que Michel Chevalier ( propriétaire du château de Cazilhac, Président du Conseil Général de l'Hérault, représentant le canton de Lunas ), ayant connaissance de la découverte de la dynamite,  suggère à l'entrepreneur lunassien, André Mialane, d'utiliser cette technique d'avant-garde et de s'engager sur le projet de la route Pégairolles - Le Caylar.... 

   Grâce à ce nouveau procédé, Mialane boucle facilement le projet faisant de larges bénéfices. La dynamite fait sa fortune. Il en devient le représentant général pour la France.

   Dans Lunas, Mialane ouvre, depuis le pont Ciffre, une route nouvelle vers la vallée du ruisseau de Nize, évitant le passage par l'étroite rue de la Costète et le pont de Rouby. Il entaille le flanc nord-est du Redondel. On peut encore observer dans l'affleurement rocheux, les traces de ce travail. L'importante quantité de roches produite par ces travaux permirent l'édification, sur les bords de cette voie nouvelle, de plusieurs constructions : un bâtiment agricole au plan trapézoïdal en bordure du ruisseau (transformé en 1980 en maison d'habitation), plusieurs caves viticoles (devenues depuis des garages)... 

   André Mialane, originaire de l'Aveyron, épousa une Lunassienne dont il eut 4 enfants (3 filles et un garçon). Il fut  Maire de Lunas de 1884 à 1890 et  mourut à Paris le 19 septembre 1890 à l'âge de 68 ans. Son corps repose dans le caveau familial, près de l'actuel cimetière de Lunas.

  

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(Documentation réunie par J & L. Osouf)

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